Intelligence Economique, Communication stratégique, Web, Psychologie Sociale

Conditionnement évaluatif : comment rendre attractif un élément neutre?


Nos sociétés de consommation reposent sur de nombreux codes et principes avérés de conditionnement et d'influence de la perception et de la pensée.
Nous sommes depuis très longtemps suspicieux et méfiants vis-à-vis de subterfuges de manipulation psychologique tels que les images ou messages subliminaux qui visent à imprégner le cerveau des récepteurs d'une image ou d'un texte précis venant s'insérer dans un plan de construction visuelle ordinaire. Par exemple, cela peut correspondre à une 25ème image par seconde que nous ne sommes pas en mesure de percevoir, du moins consciemment ou encore un message dissimulé dans un cadre visuel ou textuel déjà existant. Il se trouve que bien que ces éléments réussissent à s'inscrire insidieusement dans notre esprit, il n'a jamais été prouvé que cette intrusion psychologique possédait réellement un effet de modification de notre comportement et de notre pensée. En revanche, d'autres techniques sont beaucoup plus efficaces et sont pourtant bien plus utilisées et mises en application dans notre monde. Nous allons ici aborder et analyser une des techniques les plus puissantes de manipulation de notre esprit et plus précisément de notre inconscient, technique qui nous amène à produire des comportements bien précis et à développer des réactions psychiques particulières que nous n'aurions jamais généré sans la présence de celle-ci. Cette technique se nomme en psychologie le "conditionnement évaluatif".

Le plus incroyable est que cette technique est basée sur un principe tout-à-fait banal. Elle suppose ainsi que la simple superposition ou mise en relation d'un élément à forte valeur sentimentale ou véhiculant une image positive dans l'esprit de l'individu peut suffire à créer de l'attraction vis-à-vis d'un élément second qui lui possède une charge émotionnelle ou affective neutre. Prenons un exemple concret : nous voulons rendre un élément absolument banal de nature (par exemple une bouteille d'eau) attractif pour inciter des clients à acheter ce produit. Pour cela, il suffit de l'associer à un élément à forte charge affective, par exemple un personnage ou une personne vivement apprécié par le plus grand nombre tel qu'un sportif reconnu. La simple mise en relation de ces deux éléments (la bouteille et le sportif) va créer une transmission de la charge affective véhiculée par la personnalité sur l'objet qui pourtant était à la base parfaitement commun. Notre esprit va donc inconsciemment assimiler le caractère positif du premier élément et le transposer sur le second objet, cela sans provoquer le moindre soupçon ou la moindre réaction consciente de notre cerveau.

L'efficacité impressionnante de cette technique a été largement prouvée via de nombreuses expériences menées sur des échantillons de personnes parfaitement diversifiés. Un test a par exemple été fait sur des étudiants d'Université : on présentait à ces personnes des cartes de visite comportant un prénom, par exemple Bob ou John. Le fond de la carte était constitué de mots entrelacés véhiculant soit une valeur positive (cadeau, amour, joie,...) pour Bob ou bien négative (mort, accident, tristesse,...) pour John. Les étudiants ne faisaient absolument pas attention à ces mots de fond, se concentrant sur les prénoms à visionner. Lorsqu’ils quittaient la salle, les étudiants rencontraient une personne inconnue prétendant s'appeler soit Bob, soit John. Le résultat est que la grande majorité trouvait cet inconnu plus sympathique lorsqu’il disait s’appeler Bob et plus antipathique lorsqu’il disait s’appeler John. Le plus incroyable est que lorsqu'on leur demandait si ils avaient un souvenir de la présence de mots entrelacés dans les cartes, ils répondirent tous négativement. Cela nous montre bien le pouvoir d'influence inconsciente généré par cette technique qui est portant très simple. ce n'est donc pas étonnant de la voir envahir notre environnement, dissimulée à la fois dans des publicités, des livres, des discours et meetings politiques (pas neutre le fait de faire appel à des soutiens de personnalités populaires!) ou encore dans des évènements aussi divers que variés.

Il suffit juste d'ouvrir les yeux et de faire attention à tous les éléments qui nous entourent, et nous pourrons nous rendre compte de l'omniprésence de cette technique de manipulation psychologique, qui est depuis longtemps utilisée par des professionnels de la publicité et du marketing pour nous inciter à consommer leurs produits et à adopter un comportement favorable à leurs intérêts.


Pour illustrer cette technique, voici quelques spots publicitaires utilisant chacun un très bon conditionnement évaluatif : évident lorsqu'on connaît cette méthode!


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Comment lutter contre l'infobésité?

Trop d'information tue l'information
Noël Mamère
Nous évoluons dans un monde surchargé d'information. Celle-ci est présente partout : dès le réveil nous sommes confrontés à des dizaines d'infos provenant de sources extrêmement variées que ce soit notre radio, notre télévision, notre téléphone portable, Internet etc. Ce trop plein d'information envahit en permanence notre esprit et devient si encombrant que nous sommes la plupart du temps incapables de prendre assez de recul pour traiter et analyser l'information qui nous semble véritablement pertinente et digne d'intérêt. L'infobésité est réellement le mal de notre société : Annie Hudon, une journaliste québécoise a d'ailleurs écrit au sujet de ce problème qu'au XVIIème siècle, une personne était exposée au cours de sa vie à moins d'information qu'on en retrouve dans une seule édition du New York Times!

Le développement sans cesse grandissant des Technologies de l'Information-Communication (TIC) contribue largement à construire une société dans laquelle les individus ne peuvent plus se poser calmement pour faire appel à leur esprit critique et analyser posément les informations qui leur permettront de développer une réflexion et une attitude d'être pondéré face à son environnement.

Dès lors, comment se prémunir contre cet envahissement et intrusion psychologique et lutter pour ne pas se laisser dominer par d'innombrables flux informationnels qui parasitent sans cesse notre esprit réflexif? Comment arrêter de n'être qu'un simple récepteur d'information et parvenir à adopter un comportement d'être analytique et réfléchi?

La première chose à faire est de sélectionner avec attention l'information que nous souhaitons recevoir. Pour cela, posons-nous d'abord la question de savoir quels sujets nous intéressent et dont nous souhaitons être informés. Une fois ce choix fait, focalisons notre attention au quotidien sur ces sujets précis et négligeons les autres, qui constituent alors pour notre esprit sélectif du "bruit informationnel".

Pascal Frion, spécialiste en Intelligence Economique nous donne une autre méthode, un peu plus extrême mais néanmoins très efficace. Il propose ainsi d'adopter une attitude qu'il nomme RMI (Refus Méthodique d'Information). Sa technique consiste à se débarrasser complètement de tout flux informationnel provenant des médias traditionnels (télévision, journaux, WEB,...) et à se concentrer sur des supports plus "figés" que constituent les livres et les magazines. De ce fait, notre esprit se libère complètement de l'emprise de ces différentes sources en perpétuel changement qui délivrent de l'information immédiate et non analysée et peut se focaliser sur de l'information déjà traitée et transformée en "connaissance", qui constitue le degré supérieur de l'information. Un livre peut donc constituer une source d'apprentissage nous permettant d'acquérir les clés nécessaires à la construction de notre propre esprit critique et à notre analyse réflexive du monde, et ainsi nous permettre de nous libérer de l'énorme pouvoir d'influence psycho-cognitif exercé par les médias sur notre esprit. Nous avons tendance à l'oublier mais un livre peut constituer une source de découverte et d'apprentissage beaucoup plus importante et enrichissante que les autres supports d'information pouvant pourtant sembler plus "attractifs".

Car il faut garder à l'esprit que l'information diffusée via les médias est par essence profondément subjective : rien que par les thèmes et sujets traités et abordés, on nous impose une ligne de pensée à adopter (Mac Comb illustre d'ailleurs ce principe à travers sa théorie de l'Agenda Setting). Notre esprit est sans cesse orienté par ces médias qui nous empêchent de déterminer et créer notre propre choix de réflexion et d'analyse en nous submergeant d'informations présélectionnées par des compagnies privées qui se partagent cet empire médiatique. Le WEB a cela d'appréciable que l'information doit être recherchée volontairement par les individus. Mais qui sait réellement chercher de l'information fiable et pertinente au travers de ces milliards de pages indexées? Le WEB peut donc être un moyen très efficace de lutter contre l'infobésité mais à condition de savoir bien chercher et de visiter des sites dont la crédibilité est à priori validée (il faut savoir qu'il existe des outils permettant d'examiner et de déterminer la fiabilité d'un site, pour n'en citer qu'un : Web Of Trust, extension de Mozilla Firefox à télécharger ici. Bien que n'étant pas infaillibles, ils n'en demeurent pas moins très utiles).

Sélectionner son information et déterminer ses propres sources et sujets d'analyses et de réflexion semble donc être la base de la lutte contre ce fléau. Modifier notre comportement quotidien et essayer d'être moins passif vis-à-vis de l'information que nous recevons est un comportement qui devrait être adopté par tous. Si chacun commence à développer réellement un esprit critique et analytique par rapport à son environnement, peut-être alors commencerons-nous à tendre vers une société un peu plus "éclairée" ou tout du moins moins soumise au diktat de l'industrialisation de l'information et de l'uniformisation des pensées.

Pour illustrer cet article, voici une vidéo satirique illustrant très bien ce problème de surcharge d'information. Les images parlent d'elles-mêmes!




Comment naît l'innovation?

Sois le changement que tu veux voir dans le monde
Gandhi

L'innovation anime et transforme nos sociétés depuis leur création. Celle-ci peut être à la fois cognitive (elle fait évoluer les savoirs et la connaissance) ou bien sociale, c'est-à-dire qu'elle va influencer et modifier les fondements de notre société. Ce phénomène complexe amène l'organe sociétal à constamment se remettre en question au niveau de son organisation et de ses savoirs, et à évoluer pour tendre vers un monde plus éclairé et moins replié sur lui-même. Un exemple parfait d'innovation sociale majeure dans notre monde est Gandhi, qui a très bien démontré que la non-violence pouvait venir à bout de l'oppression colonialiste et de la prise de pouvoir par la force.

Mais qu'est-ce qui explique ce processus complexe? Comment un système ancré dans ses croyances et ses préjugés peut-il changer et abandonner ses anciennes convictions pour en adopter de nouvelles qui souvent bouleversent considérablement et en profondeur son fonctionnement?
Nous allons étudier quel facteur psycho-sociologique majeur intervient dans ce processus. Ce même facteur qui façonne notre monde en perpétuelle évolution et changement depuis la nuit des temps.
Celui-ci a été mis en évidence à la fin des années 70 par Serge Moscovici, psychosociologue roumain né en 1925 et Claude Faucheux. Par une étude approfondie, ils tentent d'expliquer les exemples typiques d'innovation ayant marqué notre monde comme l'influence de Galilée, de Copernic ou encore la révolution inaugurée par le mouvement féministe sur notre monde. Il parvient ainsi à mettre en évidence un phénomène qui semble être à l'origine de la plupart des innovations.

Ce phénomène, qu'ils nomment "influence minoritaire", présente les caractéristiques suivantes : un individu ou un groupe d'individu, évoluant dans une société gouvernée par un courant de pensée unique et bénéficiant de l'appui et du poids de la majorité des individus (cas typique de nos sociétés dites "de masse") va s'affirmer au sein de la majorité pour s'opposer à celle-ci et revendiquer ses différences ou ses opinions divergentes. Elle va donc constituer une minorité "contre-normative" (qui s'oppose aux normes sociales établies) active et affirmée.

Pour être efficace, cette opposition doit être bien ordonnée : elle doit être constante et "diachronique" (à travers le temps) dans les idées qu'elle défend afin de conserver sa crédibilité vis-à-vis de l'opinion publique, "nomique" (le discours qu'elle prononce doit être clairement défini et différent du discours majoritaire), être visible afin de pouvoir être entendue de tous et autonome (doit réellement laisser transparaître son indépendance vis-à-vis du mouvement dominant). Enfin, elle ne doit surtout paraître trop "rigide" pour ne pas donner l'image à la société d'un mouvement minoritaire refusant tout dialogue en contradiction avec ses idées.

Cette discordance va entraîner naturellement la naissance d'un conflit au sein de la société. Le conflit va générer le débat (de par la captation et la réaction des individus sur le sujet abordé), et le débat va engendrer la prise de conscience et le changement progressif. Nous voyons donc que le conflit n'est pas forcément quelque chose de négatif (comme on nous l'enseigne pourtant dès notre plus jeune âge) et est même souvent indispensable, pour peu qu'il reste dans le cadre d'un affrontement argumentatif et idéologique et ne dégénère pas en conflit physique. Il est donc nécessaire à toute société afin que celle-ci ne sombre pas dans un immobilisme latent et qu'elle n'empêche toute connaissance ou pensée préétablie d'évoluer et acquérir de la valeur et de la richesse d'un point de vue psycho-cognitif.

Ne doutez jamais qu'un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés peut changer le monde. En effet, c'est la seule chose qui l'ai jamais fait.
Margareth Mead

L'innovation dépend donc véritablement de la cohérence et de la consistance de la minorité qui cherche à exercer une force d'influence voire de changement dans la société.

Nous pouvons voir que la minorité dans une société n'est pas toujours écrasée. Bien que la majorité possède une influence directe et immédiate sur la masse, elle peut très bien être remise en cause et perdre sa légitimité pour peu que la force d'opposition respecte les règles décrites précédemment. L'innovation psychologique et sociale est absolument indispensable dans toute société. Il est extrêmement sain de constamment remettre en question le fonctionnement de notre environnement et chercher à améliorer sans cesse l'organe sociétal afin qu'il puisse s'adapter à notre monde en évolution permanente.

Toute grande vérité passe par trois phases : elle est d’abord ridiculisée, puis violemment combattue, avant d’être acceptée comme une évidence.
Schopenhauer