Intelligence Economique, Communication stratégique, Web, Psychologie Sociale
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Comment créer un contexte social favorable à l'intelligence collective et l'innovation?

Voici mon deuxième livre numérique. J'ai tenté ici d'analyser en profondeur les différents mécanismes psychologiques, cognitifs et sociologiques qui rentrent en jeu dans les processus d'intelligence collective et d'innovation au sein d'un groupe social. Ce travail et la longue réflexion que j'ai mené sur le sujet m'ont permis de construire mon propre paradigme sur ces deux concepts.


Vous pouvez télécharger le document gratuitement en version pdf ou si vous souhaitez me soutenir, commander un exemplaire physique à cette adresse : http://www.atramenta.net/books/comment-creer-un-contexte-social/170


Bonne lecture! :)

Comment créer un contexte social favorable à l'intelligence collective et l'innovation_Thomas Bonnecarrere

Saint Germain ou la négociation

Voici une fiche de lecture du livre Saint Germain ou la négociation de Francis Walder que j'ai rédigé dans le cadre d'un cours à propos de cette discipline. Ce livre qui est un véritable plaisir à lire nous apprend les différents mécanismes, techniques et stratégies utilisées dans le milieu de la négociation et de la diplomatie. Il nous dresse également un portrait du négociateur, avec les qualités dont il doit faire preuve pour exercer son travail. Le document est librement téléchargeable (comme d'habitude :). Bonne lecture et si vous voulez un conseil : lisez le, il vaut vraiment le coup et se lit très rapidement. Un vrai régal.

Remarque : Cette fiche de lecture a été validée par un expert en stratégie de négociation.

FIche de lecture Saint Germain ou la négociation-Thomas Bonnecarrere

L'art de la déstabilisation psycho cognitive

Voici mon premier livre numérique. C'est un livre de défense et de sensibilisation concernant des offensives informationnelles et communicationnelles ayant pour objectif de sensibiliser le lecteur à ces problématiques, en lui faisant découvrir ses nombreuses failles psychologiques et cognitives potentiellement exploitables dans le cadre d'une stratégie de déstabilisation.

J'ai décidé d'adopter une démarche de "profiling" en me mettant à la place d'un attaquant afin d'étudier comment il est possible d'élaborer une stratégie offensive qui soit la plus efficace possible et qui génère des effets durables sur une organisation ou un individu. Il est bien évident que la visée de cet ouvrage est purement pédagogique et que je ne  ne cautionne en aucun cas l'utilisation des techniques décrites, purement condamnables d'un point de vue éthique et moral. Je pars du principe que connaître l'ensemble des techniques et méthodes utilisées par une personne mal intentionnée est le meilleur moyen pour se défendre contre cet individu.

Le document est en téléchargement libre, pour votre plus grand plaisir! :) Et si vous souhaitez me soutenir, vous pouvez commander un exemplaire physique à cette adresse : http://www.atramenta.net/books/lart-de-la-destabilisation-psycho-cognitive/166



On en parle : 

  • Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d'Industrie (ACFCI) Direction de l'Innovation, de l'Intelligence Economique et des Technologies de l'Information et de la Communication : http://tinyurl.com/657bmq5
L'art de la déstabilisation psycho-cognitive-Thomas BONNECARRERE

Etude d'un modèle optimal de manipulation de l'individu adapté au milieu de l'entreprise


Voici un article de recherche scientifique que j'ai réalisé dans le cadre d'un de mes enseignements à l'ICOMTEC. J'ai essayé d'élaborer un modèle de manipulation dont l'efficacité est multipliée par la combinaison de nombreuses techniques validées de psychologie sociale. Le résultat est donc la création d'une technique complexe de manipulation, nommée "Pied-dans-l'esprit" qui est spécialement adaptée au monde de l'entreprise (elle nécessite pour être véritablement efficace une pression économique et concurrentielle exercée sur les individus). Selon moi, connaître les différentes techniques de manipulation est le moyen le plus efficace pour prendre conscience de nos failles psychologiques et donc de s'en prémunir. Vous pouvez librement lire et télécharger le document en cliquant sur les différents liens ci-dessous.
Article de recherche scientifique sur la manipulation-Thomas BONNECARRERE-Aurore MARRONNEAU

L'importance de la psychologie dans un processus de veille et d'influence


Les techniques d'influence basées sur des méthodes de psychologie sociale ont toutes quelque chose en commun : elles n'emploient aucune pression physique, morale ou économique pour induire le comportement attendu de la part de celui qui les utilise
Nicolas Guéguen

Effectuer une veille de son environnement proche et lointain constitue la base de tout travail d'Intelligence Economique, travail qui intègre le fait de guetter les signaux faibles pour établir des corrélations avec des signaux dits "lourds" pour élaborer une réflexion et une stratégie d'influence. Nous effectuons la plupart du temps un travail centré sur l'observation et l'étude de ces signaux, en oubliant souvent de prendre en compte des facteurs complémentaires qui pourtant sont absolument primordiaux : les facteurs psychologiques et humains. En effet, beaucoup d'entreprises négligent souvent la dimension humaine dans leur politique stratégique et se contentent seulement de rechercher l'information de manière automatisée, sans prendre le temps de s'intéresser à l'ensemble des employés qui pourtant sont souvent détenteurs d'information pertinente et à forte valeur ajoutée.

Ainsi, réduire le processus complexe de veille (recherche, collecte, analyse, traitement et diffusion de l'information) à ce simple travail mécanique revient à mettre de côté une partie fondamentale de cette pratique. A n'utiliser que des outils et méthodes purement techniques pour capter notre information, nous finissons par nous aveugler et nous passons à coté d'éléments fondamentaux qui peuvent pourtant être indispensables voire décisifs dans notre processus stratégique. La veille ne se limite pas qu'à la seule recherche d'information dite "formelle" c'est-à-dire formalisée sur un support, qu'il soit numérique ou bien physique. Elle doit aussi pour être complète intégrer pleinement la recherche et l'exploitation de sources "informelles" (immatérielles). Une bonne recherche d'information passe par la prise en compte et la considération de l'autre en tant que source et membre d'un réseau d'importance capitale pour l'entreprise. En effet, 70 % de l'information dite "fermée" (c'est-à-dire non accessible à tous) passant par le réseau et la voie orale, il faut toujours prendre sérieusement en compte le facteur humain et ne jamais négliger les relations inter-individuelles.

La meilleure façon d'améliorer ce travail est de convaincre les individus de devenir eux-même des relais d'information, et ainsi participer au travail d'Intelligence collective de l'entreprise. La plupart des employés d'une entreprise ne perçoivent pas naturellement la nécessité d'un plan d'Intelligence Economique, ce concept étant très flou dans l'esprit des individus. Les responsables IE auront donc la lourde tâche de sensibiliser et former l'ensemble des employés, quelque que soit leur statut, à l'importance du renseignement dans l'entreprise et à naturellement diffuser toute information pouvant alimenter la mémoire, sans crainte de divulguer une information jugée beaucoup trop souvent inutile. Toute information étant potentiellement stratégique à partir du moment ou elle est bien exploitée, les employés pourront alors se transformer en acteurs naturels au sein de l'entreprise devenue alors un grand centre d'analyse et d'exploitation de l'information ouverte et fermée.

La psychologie peut réellement améliorer ce travail de sensibilisation et de préparation aux employés de l'entreprise. Ainsi, cette discipline regorge de techniques et de notions pouvant être utilisées à des fins communicationnelles que ce soit pour convaincre, persuader ou encore manipuler au sens positif du terme. Par exemple, un professionnel de l'Intelligence Economique pourra sensibiliser des employés en utilisant ce que l'on appelle en psychologie sociale la technique de la « crainte puis soulagement ». Ainsi, il pourra lui faire visionner une vidéo (les travaux de Barthes ou Debray notamment ont permis de démontrer que les images étaient beaucoup plus influentes psychologiquement que les textes) montrant l'entreprise déposer le bilan et licencier des salariés pour avoir essuyé plusieurs échecs dus à un manque d'anticipation généré par une carence en information stratégique. Cette vidéo se conclue par un message positif (qui a pour but de générer sur la cible le soulagement et la tendance future à l'action volontaire et naturelle). Ce message dit que si l'ensemble des employés devient un acteur du renseignement, alors l'entreprise sera beaucoup plus à même de faire face aux problématiques concurrentielles car elle sera en possession d'une véritable démarche de diffusion immédiate et spontanée d'information générée et véhiculée par l'ensemble des personnes travaillant au sein de celle-ci.

Mais attention : pour que la « manipulation » fonctionne réellement, il faut que l'individu se sente parfaitement libre de ses actes et choix. Sinon, l'engagement personnel sera nul et il est fort probable que la personne ne reproduise plus ce comportement par la suite. Nous pourrons mesurer les effets de notre technique par l'étude des points suivants :

-Radicalisation du comportement. La personne est devenue réellement convaincue de la nécessité de produire cette nouvelle action (à savoir ici le fait de délivrer et diffuser naturellement toute information au sein de l'entreprise).

-Résistance aux attaques. L'individu défend son nouveau comportement si une personne vient remettre en cause son bien-fondé.

-Tendance à l'action. La cible aura naturellement tendance à reproduire par la suite ce comportement sans l'intervention d'une force extérieure.

Si ces trois aspects sont réunis, alors nous pourrons dire que les individus au sein de notre entreprise auront été bien conditionné et notre action de sensibilisation au processus de veille et de réseau interne bien entamée. Cette technique est de plus un excellent moyen pour amener les individus à réaliser leur importance au sein de leur organisme et à prendre conscience que leur participation active au processus de collecte et de diffusion d'information peut sauver l'entreprise, ou du moins lui permettre d'être bien mieux armée pour affronter des concurrents internationaux qui ont depuis longtemps compris l'importance de la généralisation du travail de veille à l'ensemble du personnel de l'entreprise. C'est donc aussi un moyen d'améliorer la communication interne de l'entreprise qui est aussi déterminante dans le fonctionnement de celle-ci, car permettant de diminuer les tensions et d'augmenter la cohésion des individus au sein de l'organisation.

Le responsable Intelligence Economique doit donc connaître pour être efficace dans son action d'interrogation des réseaux les techniques psycho-socio-cognitives qui amènent à conditionner le comportement d'une personne afin de l'amener à divulguer d'elle-même l'information, sans jamais utiliser de contrainte ou de pression explicite mais simplement en l'engageant dans des actions non coûteuses en faveur de cette démarche ou par l'utilisation de techniques avérées. La veille est donc aussi une action psychologique et humaine. Elle doit pouvoir anticiper les réactions des individus pour les aborder sans générer de méfiance de la part de ceux-ci, et ainsi éviter une dégradation volontaire de l'information qui constitue un problème grave dans ce processus.
Dans le cadre du réseau interne, on parlera donc de techniques visant à améliorer la perception de la personne vis-à-vis d'elle-même et de l'entreprise, en lui faisant prendre conscience de la nécessité pour le bon fonctionnement de celle-ci de son implication entière dans le travail de veille et d'interrogation de sources. Le but sera ici de tout faire pour éliminer le désintérêt et la rétention d'information de la part des employés, ce qui constitue trop souvent un facteur d'altération du mécanisme de recueil d'information. Un bon travail de veille ne peut s'effectuer que dans une relation de confiance entre les individus.

Dans le cadre du réseau externe, il s'agira d'influencer le comportement d'individus qui à priori n'ont aucun intérêt à divulguer de l'information. Un important travail psychologique sera donc mis en place pour élaborer une stratégie visant à amener ces individus à fournir "librement" l'information recherchée (notamment au moyen de techniques d'engagement et de méthodes de pression inconscientes générées par la stimulation de certains zones de leur cerveau via ces méthodes). "La veille est l'affaire de tous". Tous les employés sont de possibles détenteurs d'information capitale pour la stratégie présente ou future de l'entreprise. Savoir comment les aborder et leur demander une requête est donc aussi primordial que de savoir rechercher une information sur du support numérique ou physique. C'est pourquoi il faut intégrer dans toute démarche et politique d'Intelligence Economique une dimension psychologique visant à accroître l'efficience de ce travail.

Etudions maintenant l'élaboration d'une stratégie d'influence sur le WEB dans le but de diffuser une information stratégique et rendre un message le plus efficace possible, c'est-à-dire toucher et modifier le comportement du plus grand nombre de personnes et créer un effet de propagation ou "buzz" important. Il est important de souligner qu'influencer se distingue clairement du fait de convaincre, persuader ou encore manipuler. Influencer un individu signifie le fait de lui faire subir une pression externe, directe ou indirecte, consciente ou inconsciente afin de conditionner son comportement en l'amenant à adopter une attitude favorable par rapport à notre objectif. Le domaine de la psychologie et notamment la psychologie sociale (qui étudie les interactions entre les individus) déborde là aussi de conseils et de techniques approuvées scientifiquement pour influencer un individu. Ainsi, Solomon Asch par exemple a démontré qu'un individu subissant une pression d'un groupe organisé va subir une influence de cette majorité, et s'adapter à eux pour ne pas se sentir rejeté. A l'inverse, Serge Moscovici a démontré qu'une minorité peut aussi parvenir à influencer une majorité qui pourtant est bien établie et légitime au sein de la société pour peu qu'elle soit organisée, constante et déterminée. Voilà donc deux informations très judicieuses qui vont nous fournir les armes pour construire notre stratégie.

Appliquons donc dans notre travail les principes que nous avons vu, à savoir les phénomènes d'influence majoritaire et minoritaire.
Si nous voulons modifier le comportement et la perception d'un individu en particulier, nous pourrons opter pour la première technique et si nous cherchons à influencer une masse d'individus, nous opterons pour la technique de Moscovici. Bien entendu, ces deux techniques ne sont pas les seules et peuvent être complétées ou remplacées par de nombreuses autres, tout aussi judicieuses et adaptées.

Ce travail de "psychologisation stratégique" de l'influence a dans l'histoire été appliqué de très nombreuses fois et a généré des résultats étonnants d'efficacité. Pendant la guerre du Vietnam, l'armée vietnamienne avait ainsi trouvé une technique surprenante pour influencer l'opinion publique américaine. Lorsqu'un soldat ennemi était capturé, il était accueilli par une personne se présentant comme un médecin. Le premier jour, cette personne se contentait de lui soigner ses blessures et s'en allait aussitôt le travail terminé. Les jours suivants, il continuait à prendre soin du prisonnier et entamait la conversation, sans pour autant nouer de véritables liens avec son hôte . Petit à petit, le médecin s'immisçait dans la vie de la personne et créait une véritable relation d'"amitié" avec son patient, ce qui avait pour but de mettre la personne de plus en plus en confiance et de détruire ses barrières défensives bien présentes au début de son incarcération.
Les discussions devenant de plus en plus intimes et profondes, le médecin faisait prendre conscience au prisonnier que le gouvernement vietnamien n'était pas aussi cruel que celui des Etats-Unis, qui n'hésitait pas à massacrer des innocents pour atteindre ses objectifs. Mieux encore, il réussissait grâce à cette attitude affectueuse à faire naître chez la personne un dégoût pour son propre camp. Le prisonnier se voyait également offrir la possibilité d'envoyer du courrier à ses proches. Naturellement, la personne racontait la relation amicale qu'il avait noué avec des membres de l'armée vietnamienne, et critiquait fortement les actions du gouvernement américain. Les proches se voyaient donc eux aussi influencés par ses écrits et relayaient le message au sein de la société, créant ainsi une propagation importante et rapide d'un sentiment d'aversion vis-à-vis du gouvernement des Etats-Unis.

Cette anecdote illustre très bien la puissance de la psychologie dans une technique d'influence de masse, qui surpasse en terme d'efficacité une stratégie fondée sur la diffusion forcée et imposée d'un message dans l'esprit des individus.

Nous pourrons ainsi déstabiliser ou influencer un concurrent en utilisant une technique qui est extrêmement efficace, le « déséquilibre heiderien ». Celle-ci consiste à mettre l'adversaire en état de déséquilibre cognitif. Gilly définit ce concept comme une "dynamique interactive, caractérisée par une coopération active avec prise en compte de la réponse ou du point de vue d'autrui et recherche dans la confrontation cognitive d'un dépassement des différences et contradictions pour parvenir à une réponse commune". Ce conflit sera généré en liant l'image de la cible à un élément qui génère de l'animosité chez la plupart des individus (tensions sociales, licenciements de masse, affaires de corruption etc).

Le but est ici d'amener l'adversaire à se trouver opposé à l'opinion publique ou à un acteur clé déterminé afin qu'il ressente un réel état de malaise et de tension psychologique généré par un conflit intérieur extrêmement puissant et désagréable. Il aura donc tendance à chercher à tout prix à rééquilibrer cette « balance cognitive » en modifiant son comportement pour le rendre conforme aux attentes de son environnement et en accord avec les normes et valeurs sociales véhiculées par nos sociétés (honnêteté, intégrité, solidarité,...).

Une bonne stratégie d'influence se doit donc de reposer principalement sur une approche psycho-sociologique. Savoir se mettre à la place de son concurrent et de son adversaire pour élaborer ses propres actions stratégiques est une aptitude qui demande énormément d'effort et de patience. Mais maîtriser ces techniques peut produire des effets si importants qu'il serait dommage de négliger cet aspect. Nous pourrons ainsi dire que notre stratégie aura véritablement été efficace si nous avons réussi à créer un phénomène de "normalisation" des comportements, c'est-à-dire une convergence des individus sur un même jugement qui aura au préalable été préparé et conditionné par notre travail préparatoire ou la production par un individu isolé d'une attitude conforme à la majorité. Dans le cadre d'un processus de veille, nous serons alors capable d'optimiser les relations interpersonnelles afin de fluidifier les circuits de diffusion de l'information, à la fois internes et externes.

L'humain étant le cœur de l'Intelligence Economique, connaître et utiliser la psychologie pour dynamiser ce processus est absolument indispensable. Un bon dirigeant ou responsable IE sera donc aussi un bon psychologue, à l'écoute de son environnement et sachant comment aborder les individus pour les amener à volontairement devenir eux-mêmes des acteurs stratégiques au service de l'entreprise.

Conditionnement évaluatif : comment rendre attractif un élément neutre?


Nos sociétés de consommation reposent sur de nombreux codes et principes avérés de conditionnement et d'influence de la perception et de la pensée.
Nous sommes depuis très longtemps suspicieux et méfiants vis-à-vis de subterfuges de manipulation psychologique tels que les images ou messages subliminaux qui visent à imprégner le cerveau des récepteurs d'une image ou d'un texte précis venant s'insérer dans un plan de construction visuelle ordinaire. Par exemple, cela peut correspondre à une 25ème image par seconde que nous ne sommes pas en mesure de percevoir, du moins consciemment ou encore un message dissimulé dans un cadre visuel ou textuel déjà existant. Il se trouve que bien que ces éléments réussissent à s'inscrire insidieusement dans notre esprit, il n'a jamais été prouvé que cette intrusion psychologique possédait réellement un effet de modification de notre comportement et de notre pensée. En revanche, d'autres techniques sont beaucoup plus efficaces et sont pourtant bien plus utilisées et mises en application dans notre monde. Nous allons ici aborder et analyser une des techniques les plus puissantes de manipulation de notre esprit et plus précisément de notre inconscient, technique qui nous amène à produire des comportements bien précis et à développer des réactions psychiques particulières que nous n'aurions jamais généré sans la présence de celle-ci. Cette technique se nomme en psychologie le "conditionnement évaluatif".

Le plus incroyable est que cette technique est basée sur un principe tout-à-fait banal. Elle suppose ainsi que la simple superposition ou mise en relation d'un élément à forte valeur sentimentale ou véhiculant une image positive dans l'esprit de l'individu peut suffire à créer de l'attraction vis-à-vis d'un élément second qui lui possède une charge émotionnelle ou affective neutre. Prenons un exemple concret : nous voulons rendre un élément absolument banal de nature (par exemple une bouteille d'eau) attractif pour inciter des clients à acheter ce produit. Pour cela, il suffit de l'associer à un élément à forte charge affective, par exemple un personnage ou une personne vivement apprécié par le plus grand nombre tel qu'un sportif reconnu. La simple mise en relation de ces deux éléments (la bouteille et le sportif) va créer une transmission de la charge affective véhiculée par la personnalité sur l'objet qui pourtant était à la base parfaitement commun. Notre esprit va donc inconsciemment assimiler le caractère positif du premier élément et le transposer sur le second objet, cela sans provoquer le moindre soupçon ou la moindre réaction consciente de notre cerveau.

L'efficacité impressionnante de cette technique a été largement prouvée via de nombreuses expériences menées sur des échantillons de personnes parfaitement diversifiés. Un test a par exemple été fait sur des étudiants d'Université : on présentait à ces personnes des cartes de visite comportant un prénom, par exemple Bob ou John. Le fond de la carte était constitué de mots entrelacés véhiculant soit une valeur positive (cadeau, amour, joie,...) pour Bob ou bien négative (mort, accident, tristesse,...) pour John. Les étudiants ne faisaient absolument pas attention à ces mots de fond, se concentrant sur les prénoms à visionner. Lorsqu’ils quittaient la salle, les étudiants rencontraient une personne inconnue prétendant s'appeler soit Bob, soit John. Le résultat est que la grande majorité trouvait cet inconnu plus sympathique lorsqu’il disait s’appeler Bob et plus antipathique lorsqu’il disait s’appeler John. Le plus incroyable est que lorsqu'on leur demandait si ils avaient un souvenir de la présence de mots entrelacés dans les cartes, ils répondirent tous négativement. Cela nous montre bien le pouvoir d'influence inconsciente généré par cette technique qui est portant très simple. ce n'est donc pas étonnant de la voir envahir notre environnement, dissimulée à la fois dans des publicités, des livres, des discours et meetings politiques (pas neutre le fait de faire appel à des soutiens de personnalités populaires!) ou encore dans des évènements aussi divers que variés.

Il suffit juste d'ouvrir les yeux et de faire attention à tous les éléments qui nous entourent, et nous pourrons nous rendre compte de l'omniprésence de cette technique de manipulation psychologique, qui est depuis longtemps utilisée par des professionnels de la publicité et du marketing pour nous inciter à consommer leurs produits et à adopter un comportement favorable à leurs intérêts.


Pour illustrer cette technique, voici quelques spots publicitaires utilisant chacun un très bon conditionnement évaluatif : évident lorsqu'on connaît cette méthode!


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Comment naît l'innovation?

Sois le changement que tu veux voir dans le monde
Gandhi

L'innovation anime et transforme nos sociétés depuis leur création. Celle-ci peut être à la fois cognitive (elle fait évoluer les savoirs et la connaissance) ou bien sociale, c'est-à-dire qu'elle va influencer et modifier les fondements de notre société. Ce phénomène complexe amène l'organe sociétal à constamment se remettre en question au niveau de son organisation et de ses savoirs, et à évoluer pour tendre vers un monde plus éclairé et moins replié sur lui-même. Un exemple parfait d'innovation sociale majeure dans notre monde est Gandhi, qui a très bien démontré que la non-violence pouvait venir à bout de l'oppression colonialiste et de la prise de pouvoir par la force.

Mais qu'est-ce qui explique ce processus complexe? Comment un système ancré dans ses croyances et ses préjugés peut-il changer et abandonner ses anciennes convictions pour en adopter de nouvelles qui souvent bouleversent considérablement et en profondeur son fonctionnement?
Nous allons étudier quel facteur psycho-sociologique majeur intervient dans ce processus. Ce même facteur qui façonne notre monde en perpétuelle évolution et changement depuis la nuit des temps.
Celui-ci a été mis en évidence à la fin des années 70 par Serge Moscovici, psychosociologue roumain né en 1925 et Claude Faucheux. Par une étude approfondie, ils tentent d'expliquer les exemples typiques d'innovation ayant marqué notre monde comme l'influence de Galilée, de Copernic ou encore la révolution inaugurée par le mouvement féministe sur notre monde. Il parvient ainsi à mettre en évidence un phénomène qui semble être à l'origine de la plupart des innovations.

Ce phénomène, qu'ils nomment "influence minoritaire", présente les caractéristiques suivantes : un individu ou un groupe d'individu, évoluant dans une société gouvernée par un courant de pensée unique et bénéficiant de l'appui et du poids de la majorité des individus (cas typique de nos sociétés dites "de masse") va s'affirmer au sein de la majorité pour s'opposer à celle-ci et revendiquer ses différences ou ses opinions divergentes. Elle va donc constituer une minorité "contre-normative" (qui s'oppose aux normes sociales établies) active et affirmée.

Pour être efficace, cette opposition doit être bien ordonnée : elle doit être constante et "diachronique" (à travers le temps) dans les idées qu'elle défend afin de conserver sa crédibilité vis-à-vis de l'opinion publique, "nomique" (le discours qu'elle prononce doit être clairement défini et différent du discours majoritaire), être visible afin de pouvoir être entendue de tous et autonome (doit réellement laisser transparaître son indépendance vis-à-vis du mouvement dominant). Enfin, elle ne doit surtout paraître trop "rigide" pour ne pas donner l'image à la société d'un mouvement minoritaire refusant tout dialogue en contradiction avec ses idées.

Cette discordance va entraîner naturellement la naissance d'un conflit au sein de la société. Le conflit va générer le débat (de par la captation et la réaction des individus sur le sujet abordé), et le débat va engendrer la prise de conscience et le changement progressif. Nous voyons donc que le conflit n'est pas forcément quelque chose de négatif (comme on nous l'enseigne pourtant dès notre plus jeune âge) et est même souvent indispensable, pour peu qu'il reste dans le cadre d'un affrontement argumentatif et idéologique et ne dégénère pas en conflit physique. Il est donc nécessaire à toute société afin que celle-ci ne sombre pas dans un immobilisme latent et qu'elle n'empêche toute connaissance ou pensée préétablie d'évoluer et acquérir de la valeur et de la richesse d'un point de vue psycho-cognitif.

Ne doutez jamais qu'un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés peut changer le monde. En effet, c'est la seule chose qui l'ai jamais fait.
Margareth Mead

L'innovation dépend donc véritablement de la cohérence et de la consistance de la minorité qui cherche à exercer une force d'influence voire de changement dans la société.

Nous pouvons voir que la minorité dans une société n'est pas toujours écrasée. Bien que la majorité possède une influence directe et immédiate sur la masse, elle peut très bien être remise en cause et perdre sa légitimité pour peu que la force d'opposition respecte les règles décrites précédemment. L'innovation psychologique et sociale est absolument indispensable dans toute société. Il est extrêmement sain de constamment remettre en question le fonctionnement de notre environnement et chercher à améliorer sans cesse l'organe sociétal afin qu'il puisse s'adapter à notre monde en évolution permanente.

Toute grande vérité passe par trois phases : elle est d’abord ridiculisée, puis violemment combattue, avant d’être acceptée comme une évidence.
Schopenhauer


Soumission à l'autorité : quand nos valeurs génèrent l'horreur

J'observai un homme d'affaire équilibré et sûr de lui entrer dans le laboratoire, souriant et confiant. En moins de vingt minutes, il fut réduit à l'état de loque parcourue de tics, au bord de la crise de nerfs (...). A un moment il posa sa tête sur son poing et murmura : "Oh mon Dieu, faites qu'on s'arrête!" Et pourtant il continua à exécuter toutes les instructions de l'expérimentateur et obéit jusqu'à la fin.
Stanley Milgram

Un être humain de nature pacifique et révolté par la violence peut-il se transformer en tueur implacable juste parce qu'il a reçu l'ordre de le faire, qui plus est par une personne qu'il ne connaît même pas?
Nous aimerions tous à cette question répondre : bien sûr que non. Cependant, nous allons voir que la nature humaine nous réserve décidément bien des surprises.

Cette question a été étudiée par un psychologue américain du nom de Stanley Milgram. Dans les années 60, il tente de comprendre les anciens tortionnaires et exécuteurs nazis qui, lors du procès de Nuremberg, semblaient réellement croire qu'ils n'étaient pas véritablement maîtres de leurs actes mais juste exécutants d'ordres supérieurs.

Milgram a donc mis au point une expérience pour essayer de démontrer que n'importe quelle personne pouvait adopter le même comportement atroce sous la pression d'une autorité hiérarchique.
L'expérience se présente comme tel : on invite une personne parfaitement saine d'esprit à participer à une expérience de psychologie sociale par une annonce publiée dans les journaux, moyennant rémunération.
Après candidature et recrutement, cette personne est accueillie dans un endroit qui possède une très forte connotation scientifique : machines, ordinateurs, personnels en blouses blanches tenant des bloc-notes d'observation etc.
Arrivée sur les lieux, la personne retenue se voit expliquer les règles : elle doit faire apprendre à une autre personne présente sur les lieux une série d'association de mots simples (ex : Ciel-Bleu) et tester ainsi sa capacité d'apprentissage et de mémorisation. Après une répétition générale, la personne va questionner l'"élève". Si celui-ci répond bien, on passe à un autre mot. Si elle répond mal, la personne désignée comme "maître" reçoit l'ordre d'envoyer un choc électrique à l'élève, d'intensité graduelle et s'élevant jusqu'à 450 volts (largement suffisant pour tuer un être humain).

Le résultat est éloquent et effrayant : 65 % des individus ont été jusqu'à administrer un choc de 450 volts à la personne élève , ce qui les aurait amené à exécuter cette personne si l'expérience n'avait pas été factice.

Un comportement propre à une époque et un contexte direz-vous. Et bien pas du tout : en 2009, deux psycho-sociologues français décident de recommencer l'expérience. A travers une nouvelle émission de télé-réalité nommée "Zone Xtrême", les candidats sont amenés à effectuer exactement les mêmes actes que lors de l'expérience de Milgram. La récompense est ici une forte somme d'argent. Le résultat a prouvé que non seulement les candidats ont pour la grande majorité dépassé le seuil fatal des chocs électriques, mais elle a aussi démontré que le public présent dans la salle soutenait activement le choix du candidat et le poussait à continuer.
Shanab et Yahya, en 1977, tentèrent cette expérience dans un pays radicalement différent d'un point de vue culturel, la Jordanie, pensant que ce comportement était propre aux mentalités occidentales. Le résultat confirma l'expérience de Milgram : 73 % d'acceptation de la part des personnes cobayes.

Dès lors, comment expliquer ce comportement qui semble être ancré dans la nature profonde de l'homme?
La réponse est à chercher tout d'abord dans notre éducation. Depuis tout petit, nous apprenons de nombreuses valeurs que les entités supérieures à notre être (parents, société) nous inculquent. Ces valeurs sont par exemple l'obéissance, le fait de toujours positiver, d'être solidaire, généreux envers les autres et surtout d'être un individu LIBRE de ses actes et de ses choix. Qui n'a jamais appris qu'obéir aux ordres était bien est qu'il était néfaste de s'opposer aux règles établies et ainsi troubler l'ordre fragile de notre société?
Depuis notre plus jeune âge nous intériorisons ces valeurs et agissons en permanence en accord avec celles-ci. Aristote nommait ces principes l'Ethos, qu'il différenciait du Pathos (l'émotion et l'affectif) et du Logos (le discours raisonné). Du fait de cette intériorisation systématique, notre esprit perd de sa faculté à juger et à critiquer, et nous tombons dans le piège des valeurs morales et sociales très facilement.

Mais cette obéissance aveugle et ce comportement meurtrier s'explique par d'autres facteurs psychologiques et cognitifs. L'individu est également influencé par ce que l'on appelle en psychologie le biais d'auto-satisfaction (self-serving bias). Ce phénomène inconscient s'explique comme ceci : nous avons tendance à intérioriser nos comportements positifs ("j'ai réussi grâce à mon travail",...) et à extérioriser les négatifs ("ce n'est pas ma faute",...). Ainsi, lors d'un contexte de soumission autoritaire et d'obéissance, nous rejetons toute notre culpabilité sur l'autorité pour se soulager de notre état de malaise. Nous nous enfermons donc dans un état irresponsable, et nous nous considérons alors comme un simple subordonné obéissant aux ordres. Milgram a nommé cet état l'"état agentique". Plongé dans cet état, nous ne sommes plus que de simples exécutants qui nous contentons d'obéir aux ordres et de faire ce qu'on nous demande, le caractère inhumain des ordres important peu. Notre faculté de perception et de jugement de la situation est donc réellement annihilée.

Une autre clé de réponse se trouve dans le phénomène d'"engagement" que nous produisons et dans lequel nous nous enfermons inconsciemment au travers de ces actions. Une fois engagé dans nos actes, nous éprouvons une énorme difficulté à arrêter ce processus, et nous sentons dans l'obligation de poursuivre notre action, sous peine de remettre en cause tout notre comportement depuis le début. Ce phénomène est appelé "escalade d'engagement" et forme dans le vocabulaire de la psychologie ce que l'on appelle un "piège abscon".
Ainsi, nous produisons dans cette expérience de nombreux actes tout d'abord insignifiants (administrer un choc électrique de très faible intensité), puis de plus en plus lourds (on arrive rapidement à 100, 200 puis 300 volts).
Après avoir entamé le processus d'administration de ces chocs et avoir entendu quelques gémissements de la part de la victime, on commence à sentir un état de malaise extrêmement désagréable. Cet état de malaise est appelé "dissonance cognitive" et est généré par la non cohérence entre nos croyances profondes (il ne faut pas blesser un autre être vivant), et nos actes qui traduisent un comportement atroce et inhumain. En règle générale, nous tentons de réduire cet état d'inconfort en réduisant cet écart croyance/action. Dans le cas présent, arrêter l'expérience signifierait remettre en cause l'ensemble de nos actions et priverait de sens notre implication totale dans cette expérience. Il faut aussi préciser que l'intégralité de ces personnes ayant participé à cette expérience ont été suivies longuement par des psychologues, car plongées pour la plupart dans un traumatisme extrêmement profond.

Nous pouvons donc voir que n'importe quelle personne, même si elle est fondamentalement opposée à la violence, peut rapidement abandonner ses convictions profondes et se transformer en monstre implacable sous l'effet d'une autorité qui exerce sur elle une légitimité et une crédibilité forte. L'histoire nous a malheureusement montré qu'il était très facile de créer tout un système basé sur cette soumission aveugle, de par la simple instauration d'éléments stratégiques exerçant sur le peuple ces deux facteurs indispensables à la génération d'un état "agentique" à qui l'on donne des travaux à priori anodins lorsqu'ils sont séparés de leur contexte.
A l'avenir, évitons donc de juger trop vite les actes des personnes que nous jugeons contraires à notre éthique, et essayons d'analyser les facteurs environnementaux et situationnels qui les ont amené à produire cet acte, car nous aurions peut être fait la même chose à leur place et plongé dans leur contexte. Il est toujours très facile d'accuser les autres mais il est beaucoup plus difficile de remettre sa propre personne en question!

Pour terminer cet article et illustrer ces notions abordées, voici un extrait vidéo du film I comme Icare, film français de Henri Verneuil sorti en 1979, qui retraduit parfaitement cet état de soumission absolue de l'individu plongé dans un contexte d'autorité et d'obéissance.


Extrait i comme icare
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